Chapitre 5. Le clown Michel Francini.
En 1962, de retour en France, j’ai voulu passer mon permis de conduire autocar, mais pour
cela il fallait que je m’engage dans une entreprise de transport en commun. Je suis resté deux ans
dans les transports publics des villes de Roubaix et de Tourcoing. Dès l’obtention de ce sésame, je
suis retourné à Marseille où j’ai été engagé au cirque Francki comme afficheur. En fin de saison,
j’étais devenu chef afficheur et j'avais six personnes sous mes ordres.
L’administrateur général Luciano Georges me proposa de le seconder pour l’année suivante
en tant qu’attaché de presse et avant-courrier. Mon travail consistait à nouer des contacts avec les
pouvoirs publics des villes où nous nous installions : régler les problèmes de nourriture pour les
animaux, fixer les escortes de gendarmerie, les branchements EDF, le service des eaux, les frais de
presse, les frais rédactionnels, les panneaux d’affichage, la location de la place, la remise officielle
d’invitation aux personnalités communales, etc.
C’est au cours de cette tournée que j’ai vraiment fait la connaissance d'Achille Zavatta et de
Michel Francini qui sont devenus mes amis.
Il faut dire que la vie de Michel Francini n’a pas été épargnée cette année-là. Je le revois
encore entre Gap et La Mure, avec sa Simca décapotable noire, il tirait une caravane prêtée par le
cirque. La caravane s’est décrochée dans une descente et l’a dépassé pour aller s’emboutir contre un
arbre, ce qui ne s'est heureusement terminé que par de simples dégâts matériels.
C’est en arrivant à la Mure qu’il
4. Ses principaux partenaires :
Cirque Nock
De retour en Suisse, pour la deuxième saison, nous avons abordé la tournée avec un numéro
de clowns musicaux sous le nom de Peppo & Willie, notre nom de scène. Nous faisions des
interventions comiques en tenue de safari pour récupérer un singe échappé dans le public, une
parodie de trafic d’alcool, etc. Tout cela pour combler les trous durant le spectacle.
Avec les connaissances que j’avais acquises dans la publicité, on m’a chargé de cette
fonction. Il s’agissait Cette année-là, j’ai été impliqué dans un grave accident de la route près d’Aarau. En fin de
spectacle, j’ai pris le gros tracteur avec les deux remorques pour transporter les animaux vers
l’étape suivante. Je ne pouvais rouler qu’à faible vitesse, vu l’engin et le poids des remorques. Un
véhicule est arrivé en sens inverse à une vitesse folle et n’a pas su estimer la largeur du convoi ....
Le parainage de Roland
C'est depuis Genève que ma femme a été transportée à l’hôpital d’Annemasse où
mon fils aîné Roland est né. Irena Kuchbick, artiste polonaise, m’a demandé d être la marraine de
l’enfant. Le soir de sa naissance, son mari qui faisait un numéro de perchiste avec elle et moi étions
complètement ivres. Malgré tout, le spectacle a eu lieu sans embûche. Je me suis excusé de mon état
auprès du public en invoquant le fait marquant de cette naissance puisque cette année-là je
présentais les numéros à venir ; ce fut un tonnerre d’applaudissements.
Le parrain venait presque chaque jour dans notre caravane pour nous apporter des couchesculottes,
des biberons, de la nourriture pour bébé. Il prenait Roland dans ses bras, il avait la larme à
l’oeil. Durant toute cette saison et jusqu’à sa mort en fin d’année, Frantz Nock senior n’a eu de
soucis que pour le bébé qu’il considérait comme son petit-fils. Aujourd’hui encore,
Comme les saisons de cirque se terminent relativement vite en Allemagne (fin octobre),
nous devions trouver du travail plus au Sud durant les saisons d’hiver. En hiver 1971/1972, nous
étions en tournée en Espagne avec le Circo Price. Nous avons fait étapes dans les villes de
Barcelone et exceptionnellement monté le chapiteau dans les arènes de Valencia à Noël puis nous
avons passé la nouvelle année à Madrid.
J’ai conservé un excellent souvenir du public espagnol, je considère que c’est l’un des
meilleurs publics d’Europe.
Nous avons repris la route pour le festival mondial du cirque au Coliseo de Recreos à
Lisbonne au Portugal, dans une immense bâtisse située en plein centre-ville, style cirque d’hiver de
Paris.
En allant sur Lisbonne, nous avons été bloqués à la frontière toute la nuit jusqu'au lendemain
8 h. Nous ignorions que cette frontière était fermée la nuit par d’immenses portails qui traversaient
toute la route. Nous avions roulé en convoi avec le dresseur d’éléphants du cirque Frantz Althoff et
les formalités pour introduire ces animaux n’en finissaient plus. Même pour un contrat de courte
durée, Frantz Althoff (fils) dut payer autant de droits de douane que . . .
Philippe Noiret, Michel Serrault, Valérie Mairesse, Jean -Paul Belmondo, Pierre Richard,
Marcello Mastroianni, Jean Rochefort, Michel Blanc, Jean Poiret, Michel Constantin, Jean Carmet,
Michel Galabru, Jean Lefèbvre, Arielle Dombasle, Raymond Pellegrin, Alain Delon, etc. Après une
carrière d'homme-orchestre si bien remplie, telle que l'avait définie le regretté Jacques Tati, si riche
et si diversifiée, il était certain que ses prochaines prestations sur les écrans nous permettraient de
mettre un nom connu sur un visage connu :
La guerre des afficheurs
La guerre des afficheurs tournait parfois au drame, car recevoir en pleine figure une brosse
pleine de colle à base de potasse cela fait très mal. Il y eut même parfois des embuscades. Si par
malheur un afficheur adverse voulait recouvrir notre affiche, il était certain de se retrouver tout nu,
les quatre pneus de sa voiture dégonflés et la tête au carré.
Le meilleur afficheur que j’aie connu était surnommé Flexible. Sur une seule journée, il
arrivait à poser plus de deux cents m2 d’affiches. Je l’ai vu au travail sur une cheminée d’usine à
plus de vingt mètres de hauteur. Tous les endroits interdits lui étaient accessibles, mais nous avons
souvent dû le récupérer au poste de police. Une fois même, sur le mur d’une propriété privée qu’il
était en train de recouvrir calmement d’immenses affiches de 120cmx480cm (en quatre parties), le
propriétaire arriva. Ce dernier lui demanda : « alors comment ça va le travail
2. Walter, son histoire.
Alors que je travaillais au cirque Francki, j’ai rencontré Walter, un Suisse qui, en arrivant en
France, a eu la malencontreuse idée d’aller se baigner en bord de mer. On lui avait volé tous ses
bagages, son argent et ses papiers de sorte qu’il ne possédait plus que le maillot de bain qu’il
portait. Ce maquettiste-graphiste, grand décorateur d’exception, avait tout perdu. Il avait consigné
son matériel en gare de Marseille dans l’attente de trouver un travail, mais il lui était impossible de
retirer son bien (près de cent kilos de matériel) puisqu’il n’avait plus aucun papier pour prouver son
identité. Il a marché durant des jours et des jours. La nuit, il dormait où il pouvait, toujours dehors
et toujours en slip, se nourrissant de ce qu’il trouvait.
Lors de notre passage à Cassis, il est venu me raconter son histoire
2. La Sicile et la mafia.
À Catane, nous avions planté le chapiteau dans le haut de la ville et le lendemain, trois
chevaux du cirque Miranda Orfeï avaient disparu. Nous avons appris qu’une personne s’était
présentée en promettant de les retrouver, contre rémunération. Après avoir versé l’argent, nous
avons retrouvé ces chevaux à proximité de la place. Il paraît que c’est une pratique courante en
Sicile que de monnayer la protection de la Mafia.
Je peux dire que cette Mafia ne nous a jamais porté préjudice, bien au contraire. Un de ses
chefs, qui tenait un bar de pêcheur dans le bas de la ville, est intervenu personnellement lorsque .....